Reynaldo Luza – les couleurs du Pérou à la conquête de la mode

Reynaldo Luza (1893-1978) est un artiste péruvien qui exerçât une influence décisive sur la mode internationale. Né dans le quartier populaire de Barrios Altos à Lima au Pérou,il fut tour à tour dessinateur, peintre, designer et photographe.Il fit des études d’architecture en Belgique, puis vécut à Paris et à New York entre les années 1920 et 1950, devenant directeur d’illustration du magazine Harper’s Bazaar, en plus d’être photographe pour Vogue et Vanity Fair.

En matière de dessin de mode, il créa un style qui, entre caricature et minimalisme presque oriental ; il a synthétisé l’image féminine jusqu’à en  faire un design art- nouveau.

Woman wearing black fur coat. R. Luza

Dans les années 1930, il voyagea à travers la Chine, l’Inde et l’Amérique latine, enquêtant sur les costumes et les couleurs de ces régions pour les utiliser ensuite comme inspiration.

Reynaldo  Luza a installé les créations du Pérou antique et les couleurs andines au cœur de l’industrie de la mode. Comme sa compatriote Elena Izcue, il a mis à jour l’art précolombien et l’a utilisé comme source d’inspiration pour ses propres créations.

Il a ainsi inspiré le “chola pink”, une couleur rose andine très flashy, dans la palette des designers de mode du monde. Cette palette brillante de vêtements indigènes était une caractéristique de cette “mode telle que conçue par les Sud-Américains”. Elle est étroitement liée au Shocking Pink imposé à la parfumerie et à la couture internationale depuis 1937 par son amie Elsa Schiaparelli, avec qui l’architecte péruvien a entretenu des relations amicales et professionnelles. 

En 1935, la créatrice italienne incorpora en outre des coiffes féminines d’inspiration péruvienne dans ses collections d’accessoires, dont “l’originalité incontestable”, se souvient Luza, “a influencé la mode avec un peu de folie”. Dans ses mémoires, Schiaparelli elle-même reconnaît les influences exotiques de la conception de cette couleur “lumineuse, impossible, attrayante, vivifiante, comme la rencontre de toutes les lumières, des oiseaux et des poissons du monde, une couleur de la Chine et du Pérou, mais pas de l’Occident – une couleur choquante, pure et concentrée”. 

En 1942, Luza organise à New York une exposition de robes Schiaparelli inspirées des couleurs du costume péruvien “Serrano- populaire”. A titre d’explication de cette palette, il peint une «carte du Pérou aux couleurs des Andes».

Le rêve de Reynaldo  Luza était de mettre en avant la richesse créative sud-américaine en explorant les vêtements et les couleurs vernaculaires grâce auxquels il entendait revitaliser les modes internationales, en les intégrant dans un nouveau sens “panaméricain de l’élégance”. “Suite à la chute de Paris, il est naturel de regarder vers les Amériques», expliquait Luza dans un article publié au début de la seconde guerre mondiale. 

A la fin de la guerre, les États-Unis coupèrent leurs liens avec les pays du Sud et les fantasmes de la mode panaméricaine tombèrent dans les oubliettes.  Cette époque est révolue mais l’œuvre de Reynaldo  Luza, témoigne de cet idéal panaméricain dans sa version la plus sophistiquée.

India Frutera, 1937

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