César Vallejo – Je vais parler de l’espérance

Le poème s’intitule Voy a hablar de la esperanza (Je vais parler de l’espérance). Il semble pourtant plus plus désespéré que porteur d’une quelconque espérance. Son auteur est César Vallejo, peut-être le plus universel des poètes péruviens ; le plus parisien sans doute aussi, lui qui a composé l’essentiel de son oeuvre à Paris et est enterré au Cimetière du Montparnasse.

Écoutons César Vallejo nous parler de sa douleur.

Traduction de Voy a hablar de la esperanza (Je vais parler de l’espérance) de François Maspero. Poèmes Humains, 1923 – 1937. éditions du Seuil.

Yo no sufro este dolor como César Vallejo. Yo no me duelo ahora como artista, como hombre ni como simple ser vivo siquiera. Yo no sufro este dolor como católico, como mahometano ni como ateo. Hoy sufro solamente. Si no me llamase César Vallejo, también sufriría este mismo dolor. Si no fuese artista, también lo sufriría. Si no fuese hombre ni ser vivo siquiera, también lo sufriría. Si no fuese católico, ateo ni mahometano, también lo sufriría. Hoy sufro desde más abajo. Hoy sufro solamente.

Me duelo ahora sin explicaciones. Mi dolor es tan hondo, que no tuvo ya causa ni carece de causa. ¿Qué sería su causa? ¿Dónde está aquello tan importante, que dejase de ser su causa? Nada es su causa; nada ha podido dejar de ser su causa. ¿A qué ha nacido este dolor, por sí mismo? Mi dolor es del viento del norte y del viento del sur, como esos huevos neutros que algunas aves raras ponen del viento. Si hubiera muerto mi novia, mi dolor sería igual. Si la vida fuese, en fin, de otro modo, mi dolor sería igual. Hoy sufro desde más arriba. Hoy sufro solamente.

Miro el dolor del hambriento y veo que su hambre anda tan lejos de mi sufrimiento, que de quedarme ayuno hasta morir, saldría siempre de mi tumba una brizna de yerba al menos. Lo mismo el enamorado. ¡Qué sangre la suya más engendrada, para la mía sin fuente ni consumo!

Yo creía hasta ahora que todas las cosas del universo eran, inevitablemente, padres o hijos. Pero he aquí que mi dolor de hoy no es padre ni es hijo. Le falta espalda para anochecer, tanto como le sobra pecho para amanecer y si lo pusiesen en la estancia oscura, no daría luz y si lo pusiesen en una estancia luminosa, no echaría sombra. Hoy sufro suceda lo que suceda. Hoy sufro solamente.

Je n’ai pas mal en tant que César Vallejo. Aujourd’hui je n’ai pas mal en tant qu’artiste, homme ou même que simple être vivant. Je n’ai pas mal en tant que catholique, mahométan ou athée. Aujourd’hui j’ai seulement mal. Si je ne m’appelais pas César Vallejo, j’aurais tout aussi mal. Si je n’étais pas homme ou simple être vivant, j’aurais tout aussi mal. Si je n’étais pas catholique, athée ou mahométan, j’aurais tout aussi mal. Aujourd’hui ma souffrance vient de plus bas. Aujourd’hui, j’ai seulement mal.

J’ai mal aujourd’hui sans explications. Ma douleur est si profonde, qu’elle n’a plus de cause qu’elle ne manque de cause. Quelle pourrait en être la cause? Où réside cette chose si importante qu’elle a cessé d’en être la cause? Rien n’en est la cause, rien n’a pu cesser d’en être la cause. D’où est né cette douleur qui se suffit à elle même? Ma douleur est du vent du nord et du vent du sud, comme ces oeufs neutres de certains étrangers oiseaux fécondés par le vent. Si mon aimée était morte, ma douleur serait égale. Si l’on m’avait tranché net le coup, ma douleur serait égale. Aujourd’hui ma souffrance vient de plus haut. Aujourd’hui j’ai seulement mal.

Je regarde la douleur de l’affamé et je vois que sa faim est si loin de ma souffrance, que si même si je jeûnais à en mourir, de ma tombe sortirait toujours un brin d’herbe. De même pour l’amoureux. Quel sang est le sien, plus engendré que le me mien, sans source ni fin !

Je croyais jusqu’à maintenant que toutes choses dans l’univers étaient faites, inévitablement, de géniteurs et d’enfants. Mais je vois que ma douleur d’aujourd’hui n’est ni génitrice ni enfant. Il lui manque un dos pour s’éteindre au soir, comme elle a trop de poitrine pour naître au matin, et si on la mettait dans un séjour obscur, elle ne donnerait pas de lumière, et si on la mettait dans un séjour lumineux, elle ne produirait pas d’ombre. Aujourd’hui j’ai mal quoi qu’il puisse arriver. Aujourd’hui j’ai seulement mal.

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